La constellation du Cocher (Auriga - Aur)

La constellation de la Cocher



L'Auriga est une constellation bor√©ale, tr√®s bien visible dans notre ciel m√™me dans les villes trop lumineuses. Il est reconnaissable √† la pr√©sence de Capella (magnitude 0) et √† sa position √† c√īt√© des jumeaux Castor et Pollux ("Pollux et Castor" par ordre de luminosit√©) et juste au-dessus du Taureau avec les deux ammasi stellaires des Hyades et des Pl√©iades. L'Auriga poss√®de plusieurs objets int√©ressants : des √©toiles proches de nous (quatre en dessous de 50 ann√©es-lumi√®re), une douzaine d'√©toiles 50 fois plus grosses que le Soleil (avec 2-3 monstres pas mal !), quelques beaux objets du Deep Sky et enfin elle poss√®de plusieurs √©toiles baptis√©es d'un nom. Mais proc√©dons dans l'ordre, comme d'habitude.


Représentation dans le temps

Observons les représentations de ce cocher au fil du temps : Hevelius montre un jeune homme avec un enfant (Capella, en fait) sur l'épaule, une cravache et une bride à la main et un chapeau qui ressemble à un peintre ou un sculpteur sur la tête.

le Charioteur selon Hevelius

Dans la version de l'Uranometria, le jeune homme semble un peu plus adulte

l'Auriga selon l'Uranométrie

tandis que Stellarium nous le montre avec une chèvre beaucoup plus grande tenue dans ses bras et non plus sur son épaule.


l'Auriga selon Stellarium

Le nom, l'histoire et le mythe du Cocher


Repr√©sent√© en M√©sopotamie comme cocher, l'Auriga appara√ģt depuis l'Antiquit√© avec une ch√®vre sur le dos ou dans l'acte de bercer une ch√®vre, puis identifi√© dans la ch√®vre Amaltea. Mythologiquement, en fait, Capella (l'√©toile alpha) est Amaltea, la petite ch√®vre qui √©tait la nounou de Zeus quand il √©tait enfant et vivait avec le berger du mont Ida. C'est sa m√®re, Gea, qui l'a emmen√© sur la montagne pour le s√©parer de son p√®re Saturne qui, de peur d'√™tre chass√© par ses enfants, les mangeait.
Selon certains, c'est Eritonius, fils de la Terre-M√®re et d'H√©pha√Įstos (Vulcain, pour les Romains, le forgeron des dieux), qui devint roi d'Ath√®nes et introduisit le char √† quatre chevaux, le quadriga.

Dans un autre mythe, l'Auriga repr√©sente le cocher malheureux Blueberry. Le roi Oenomaus, c√©l√®bre pour sa passion des chevaux, ne voulait pas que sa belle fille Hippodamia ("la dompteuse de chevaux") se marie. Il a donc appel√© √† une course de cochers dans laquelle tous les pr√©tendants de sa fille participeraient. Le vainqueur aurait la main, mais chaque challenger battu perdrait la vie. Les chevaux d'Oenomaus, plus rapides encore que le Vent du Nord, don d'Ar√®s (Mars) √©taient imbattables, de sorte que le roi √©tait s√Ľr de pouvoir gagner et donc de tuer tous les pr√©tendants. Quand ce fut le tour de P√©lope, fils d'Herm√®s, les dieux d√©cid√®rent d'intervenir. Pos√©idon (Neptune), ancien dieu des chevaux et souverain des mers, a donn√© √† P√©lope un char d'or tir√© par des coursiers ail√©s. Pour √™tre s√Ľr de la victoire, P√©lope, complice d'Hippodamia, s'est entendu avec Myrtle, cocher d'Oenomaus, pour remplacer les chars dans les moyeux des chars du roi par des copies en cire. En √©change, il promettait au cocher rus√© la moiti√© du royaume et le privil√®ge de la premi√®re nuit de noces avec Hippodamia. Au point culminant de la course, les roues du char d'Oenomaus gliss√®rent et le roi fut mortellement bless√©. Avant de mourir, il lan√ßa une mal√©diction contre Myrtleberry. Pelope, Hippodamia et Myrtle ont c√©l√©br√© la victoire en montant sur le char en triomphe. S'arr√™tant pour se rafra√ģchir, la soif de la r√©compense a attrap√© Blueberry, mais Hippodamia l'a repouss√©. P√©lope a alors frapp√© le cocher, a pris les r√™nes et s'est mis en route avec le char, s'est retourn√©, et en repartant, il a donn√© un coup de pied √† Blueberry, ce qui l'a fait tomber et mourir instantan√©ment. Herm√®s, qui avait l'astuce et la ruse √† son actif, a honor√© le cocher en l'emmenant parmi les √©toiles.

Objets du Deep Sky



Commençons maintenant l'analyse des différents objets du Deep Sky présents dans cette grande constellation, sur les photos HST, à partir de trois amas d'étoiles ouverts catalogués par Messier.
Le premier est le M36 qui n'a pas l'air très étoilé.

le cluster ouvert M36

L'amas M37 semble au contraire plus peupl√©, avec plusieurs √©toiles bleues et quelques autres plus jaun√Ętres

amas d'étoiles M37

alors que M38 est nettement plus encombré d'étoiles plus ou moins de la même couleur que M37

l'amas d'étoiles M38

Un autre amas d'étoiles, nettement plus pauvre, est le NGC 1664, tout aussi méritant

peu d'étoiles... mais il s'agit toujours d'un amas d'étoiles (NGC 1664).

À la place, nous voyons maintenant deux très belles nébuleuses richement colorées : la IC 410 qui présente des zones de couleurs nettement différentes

la nébuleuse colorée IC410.

et enfin nous pouvons admirer IC 405 la N√©buleuse de l'√Čtoile Flamboyante (Flaming Star Nebula) appel√©e ainsi √©videmment pour la couleur rouge vif qui la distingue, alors que l'√©toile flamboyante est celle qui brille au milieu de l'image.


la n√©buleuse de l'√Čtoile Flamboyante rouge

Cette étoile, connue sous le nom d'AE Aur (HIP 24575), nous la voyons prise dans cette autre image dans une autre longueur d'onde.

l'√Čtoile Flamboyante (AE Aur) tourn√©e dans une autre longueur d'onde

Les trois étoiles les plus rapides

L'√©toile AE Aur, une naine bleue variable de classe spectrale O, plac√©e √† pr√®s de 1500 al, pr√©sente une caract√©ristique particuli√®re, ainsi que deux autres √©toiles (őľ Col et 53 Ari, respectivement de Colombe et de B√©lier) : ces trois √©toiles ont en commun un mouvement tr√®s √©lev√© et anormal, au point qu'elles ont re√ßu le surnom d'"√©toiles en fuite" (terme ignoble et inutilement traduit par certaines parties par "√©toiles en fuite"). Quant √† savoir pourquoi ces √©toiles sont si rapides, les scientifiques √©mettent deux hypoth√®ses particuli√®rement suggestives : les trois √©toiles ont litt√©ralement √©t√© arrach√©es √† la suite d'une collision de deux groupes d'√©toiles binaires ou d'une explosion de supernovae dans un syst√®me stellaire multiple.

La premi√®re hypoth√®se repose sur la d√©couverte que les trois √©toiles (et peut-√™tre aussi une quatri√®me qui reste √† d√©couvrir) s'√©loignent en fait du m√™me point, correspondant √† la position de l'√©toile őĻ Ori , une des quatre qui composent le c√©l√®bre Trap√®ze d'Orion, un groupe d'√©toiles compl√®tement immerg√© dans la n√©buleuse M42. Une collision entre deux paires d'√©toiles, survenue il y a deux millions et demi d'ann√©es, aurait donc catapult√© ces trois "√©toiles en fuite" dans trois directions diff√©rentes, √† tel point qu'aujourd'hui on les voit dans trois constellations compl√®tement diff√©rentes et assez √©loign√©es les unes des autres.

L'autre hypoth√®se de l'explosion d'une supernova, √©galement proche de l'√©toile őĻ Ori, serait au contraire corrobor√©e par la pr√©sence de la soi-disant Boucle de Barnard, une n√©buleuse √† l'√©mission vraiment √©norme, centr√©e sur la n√©buleuse Orion, qui serait le r√©sidu de ce qui reste de l'explosion : dans ce cas, on √©met l'hypoth√®se de la pr√©sence de plusieurs "√©toiles en fuite" dont ces trois-l√† ont √©t√© d√©couvertes jusqu'√† pr√©sent. La boucle de Barnard est tr√®s bien visible sur cette photo (une sorte de demi-cercle orange), dans laquelle on peut reconna√ģtre des objets bien connus, pas moins que toute la constellation d'Orion !

L'Anneau de Barnard dans la constellation d'Orion

Sur cette photo absolument fantastique, qui n'a pas √©t√© choisie par hasard comme APOD en 2010, on reconna√ģt des objets et des √©toiles bien connus : pour simplifier l'identification, regardez la photo suivante. Les trois √©toiles align√©es en diagonale au centre sont la ceinture d'Orion, en bas √† gauche il y a B√©telgeuse, en haut √† droite Rigel et presque au centre de l'arche juste M42 avec plus √† gauche le fameux $nebulosa$ Horsehead. Sur la photo, j'ai ajout√© les noms des objets et d'autres lignes qui devraient aider √† reconna√ģtre la constellation et l'Anneau de Barnard.

L'anneau d'Orion et de Barnard

Les étoiles proches

le système double QY Aur filmé de près

Apr√®s cette fantastique fr√©n√©sie de merveilles cosmiques, nous nous approchons un peu plus pr√®s de nous pour conna√ģtre QY Aur (Gliese 268A). C'est une √©toile variable de classe spectrale M4 √† seulement 20 du Soleil (qui, de l√†, semble presque de quatri√®me magnitude) : comme l'√©toile est un double, j'ai demand√© √† mes amis Quiauri de capturer leur syst√®me binaire avec mon fid√®le vaisseau-cam√©ra machine √† voyager dans le temps appel√© Celestia. Sur cette photo, nous pouvons voir √† quoi ressemble notre Soleil depuis le QY Aur : en plein milieu d'un curieux et joli arc d'√©toiles, vraiment int√©ressant...

le Soleil vu par őĽ Aur

Les trois autres √©toiles proches sont la variable v538 Aur (IP26779), l'√©toile őĽ Aur (appel√©e Alhiba II) et la Capella mentionn√©e √† plusieurs reprises (őĪ Aur, dont le nom doit √™tre prononc√© avec le "e" bien ouvert, puisqu'il est latin), respectivement √† 40, 41 et 42 ann√©es-lumi√®re de nous.

Vu de la proximit√© des trois √©toiles, dans les trois cas le Soleil est d√©j√† tr√®s faible, mais au moins sur la photo prise avec mes amis Alibabani, le Soleil appara√ģt immerg√© dans la Voie lact√©e !

Les grandes stars

comparaison entre les étoiles d'Auriga et d'autres notes

Il est certain que celle d'Auriga est une constellation tr√®s riche en indices et en objets importants : en passant par les plus grandes √©toiles, nous en rencontrons ici une demi-douzaine pour √™tre effray√©s, comme on peut le voir sur le diagramme de comparaison que j'ai fait pour Auriga. Pouvez-vous voir Ōą1 Aur, un monstre stellaire de classe spectrale K5, d'un diam√®tre de 393 fois notre pauvre Soleil ? Je l'ai dessin√© en haut √† droite, √† moiti√© enterr√© par d'autres √©toiles !

Dans ce tableau, j'ai énuméré les 10 plus grandes étoiles de la constellation Auriga : dans les trois colonnes, nous avons respectivement le diamètre par rapport à celui du soleil, le nom de l'étoile (avec le lien possible vers la photo de la même étoile vue à la distance considérable de 10 UA (celle de Saturne par rapport au soleil !) et enfin la classe spectrale.


Ōą1 L'aur est vraiment hallucinant et d√©rangeant, d'une distance pas si petite que les 10 unit√©s astronomiques habituelles : d'ici, ce monstre orange de classe K5 illumine et br√Ľle tout ce qui se trouve √† proximit√©, apparaissant avec un diam√®tre de presque 18¬į dans le ciel. Comme vous pouvez le voir, contrairement √† de nombreux autres monstres que nous avons rencontr√©s dans notre analyse des constellations, cette superg√©ante, puisqu'elle est de classe K, brille d'une forte lumi√®re jaune-orange.

Le deuxi√®me du classement est un peu plus facile √† trouver dans le diagramme : il s'agit de ŌÄ Aur, en haut √† gauche, avec un diam√®tre imposant de 237 fois le Soleil : vu du canon de 10 UA, il n'est pas moins mena√ßant que le pr√©c√©dent.

Avec juste (pour dire !) 152 fois notre Soleil, nous voyons enfin une √©toile superg√©ante de classe F0, őĶ Aur (Almaaz) brille d'une lumi√®re blanche √©blouissante et d'un diam√®tre de plus de 7¬į dans le ciel des pauvres Mazziani, qui peuplent une plan√®te rocheuse d'une couleur rouge bien distincte.

Un peu plus petites (ou plut√īt moins grandes) sont les deux √©toiles ő∂ Aur (Haedus I) et őĻ Aur (Kabalinan) qui ont respectivement des rayons 138 et 121 fois la taille de notre petit Soleil : les photos correspondantes nous permettent de voir deux autres monstres blanc jaun√Ętre.

Pour apprécier encore mieux les différences de couleur entre les différentes étoiles mentionnées et photographiées, je vous suggère de cliquer sur la première photo et de passer aux suivantes avec la flèche de droite : vous verrez ainsi leur taille apparente diminuer et vous apprécierez leur couleur différente. En appuyant sur la flèche de gauche, vous revenez en arrière.

Les autres grandes √©toiles sont ŌÖ Aur (73x, classe M), suivi d'un poker d'√©toiles de classe K, 66 Aur, 2 Aur, 6 Aur et 1 Aur, respectivement, avec 59, 54 et deux 48 fois celui de notre naine jaune. Pas mal !

Les noms des étoiles

Notre cocher possède plusieurs étoiles avec un nom propre, dont beaucoup sont regroupées par famille :

  • Capella (őĪ Aur) : nom latin, petite ch√®vre
  • Menkalinan (ő≤ Aur) : l'√©paule de celui qui soutient les r√™nes
  • Elnath (ő≥ Aur) : partag√©e avec la constellation du Tau (ő≤ Tau), dont elle repr√©sente une des cornes
  • Praja (őī Aur) : Monsieur
  • Almaaz (őĶ Aur) : la ch√®vre
  • Haedus I et II (ő∂ et ő∑ Aur) : du latin, les petites ch√®vres
  • Mahasim (őł Aur) : le poignet
  • Kabalinan (őĻ Aur) : la cheville de la personne qui tient les r√™nes
  • Alhiba I, II et III (őľ, őĽ et ŌÉ Aur) : la tente
  • Dolones de I √† X (de Ōą1 √† Ōą10 Aur) : les fl√©aux de la bride (une sorte de chat √† neuf queues !)

La visibilité de l'Auriga

La partie la plus septentrionale de la constellation, et en particulier Capella, commence √† se voir en bas de l'horizon presque au nord, √† 21 heures, vers la mi-septembre. Il appara√ģt au contraire au z√©nith pendant une longue p√©riode entre la mi-janvier et la mi-f√©vrier. Vers la fin du mois de juin, il commence √† se fixer dans l'horizon nord-est.

Sa partie la plus septentrionale, un peu au nord de Capella, est plut√īt circumpolaire et peut √™tre vue √† tout moment de l'ann√©e, mais ne poss√®de pas d'√©toiles particuli√®rement brillantes.



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